Le semeur sortit pour semer... (la suite)

Le semeur sortit pour semer... (la suite)

Une parabole très, voire trop connue

Le semeur sortit pour semer... C’est ainsi que commence une des paraboles les plus célèbres de Jésus.[1]
On y voit donc ce fameux semeur partir semer son grain dans toutes sortes d’endroits plus ou moins propices à leur germination. Un quart des semences se fait ainsi manger par les oiseaux, tandis qu’un autre quart finit par se faire brûler par le soleil. Le troisième quart est quant à lui étouffé par des ronces, si bien qu’à la fin, un quart seulement des graines semées donnent des épis chargés de blé.
Disons-le tout net : notre semeur est tout sauf un paysan avisé. Il sème à tout va, sans se préoccuper de l’endroit où tombent ses grains. Comme s’il cherchait à donner une chance même aux terrains apparemment les moins propices.
Que celui qui n’a jamais vu une plante pousser à travers le bitume d’une route lui jette la première dose de pesticide !


Pourtant, même si ce débat fait rage à deux semaines de votations populaires, je ne m’y engagerai pas plus dans cette méditation, sinon en vous recommandant la lecture du document édité par l’Eglise Evangélique Réformée de Suisse, intitulé « 10 questions- 10 réponses : les trois objets environnementaux d’un point de vue protestant. » Ce document est accessible en cliquant sur ce lien .
 
Le retour du semeur fousemeur fou
Revenons plutôt à la parabole de Jésus, elle se finit comme souvent de manière abrupte. On se demande ce que va faire le semeur au vu de son expérience mitigée de semi universel.
Avec quelques catéchumènes, nous nous sommes amusés à inventer la suite de cette histoire. La voici.
Au fil des ans qui passèrent, le Semeur continua sans relâche de sortir pour semer.
Chaque année, il passait un peu partout, son sac toujours chargé de ses précieuses semences
Et les gens disaient : « Tiens ! Revoilà le Semeur fou ! Toujours à lancer ses graines partout, sur les chemins, sur les cailloux et dans les ronces. Quelle drôle d’idée tout de même que de s’acharner ainsi à gâcher ses semences en les dispersant à tous vents ! »
Mais il leur fallait malgré tout reconnaître que lorsque ses graines arrivaient dans de la bonne terre, leur rendement était alors sans égal comparé aux autres champs de céréales.
Au final, ça compensait peut-être le manque à gagner des semences qui avaient été mangées par les oiseaux, brûlées par le soleil ou étouffées par les ronces. 
 
Des récoltes en baisse
Après quelques centaines d’années pourtant, les moissons du Semeur finirent par ne plus être aussi florissantes.
Ce n’était pas la faute des épis qui portaient toujours autant de fruits, mais plutôt à cause de la bonne terre qui se faisait de plus en plus rare.
Ainsi, un beau jour, il trouva sur sa terre des pelles mécaniques et des ouvriers en train de l’évacuer.
Construction autorouteIl s’approcha d’eux pour leur demander ce qui se passait. Le chef de chantier lui expliqua qu’une autoroute allait bientôt passer par là et qu’ils étaient en train de commencer les travaux. Le semeur se renseigna et appris que c’était là chose courante. Rien qu’en France, 23000 hectares de terre cultivable avaient ainsi été artificialisés en 2017.[2]
Le semeur continua pourtant de semer, mais la part de grains qui tombèrent sur le chantier de l’autoroute fut évacuée avec le reste de la terre, puis lorsque l’autoroute fut achevée, les graines furent soufflées par le vent et par le flux du trafic.
desertificationPuis quelques années plus tard, le semeur trouva une partie de ce qu’il restait de son champ fertile tout sec. Le sol était devenu dur comme du béton. Lorsqu’il se renseigna pour comprendre ce qui s’était passé, on lui expliqua que le climat était en train de changer, que la désertification gagnait du terrain, et que, depuis 1990, six millions d'hectares de terres arables avaient été ainsi perdues et que sa terre n’échappait pas à ce phénomène.[3]
Il continua néanmoins d’y semer avec obstination, comme partout ailleurs, mais les graines séchèrent au soleil.
Puis, bien des années plus tard, il constata cette fois que les graines qu’il avait semées là où il avait l’habitude de faire de bonnes récoltes ne germaient pas comme d’habitude. Il demanda pourquoi et on lui expliqua que le nombre de vers de terre qui contribuaient à entretenir sa terre avait été divisé par dix, suite aux changements climatiques.[4] Celle-ci ne serait dès lors plus aussi fertile qu’autrefois.ver de terre
Bientôt, le Semeur, qui continuait pourtant de semer à tout va n’eut plus qu’un tout petit carré de terre où les graines semées parvenaient encore à germer et à produire des épis envers et contre tout.
Mais un beau jour, il trouva sur ce carré un énorme tas d’immondices qui avaient été déposées là, comme si on avait sciemment voulu empêcher ses dernières graines de germer.
A nouveau, il demanda pourquoi, mais personne ne lui répondit. Personne ne semblait savoir d’où venaient ces détritus. Et surtout personne ne paraissait décidé à les enlever.
Désemparé, il ne put que constater les dégâts. Comme il ne savait faire que semer, il sema quand même et les graines arrivèrent sur des bouts de plastiques, des vieux cartons, des canettes en aluminium et des tessons de verres brisés.
Cette année-là, il n’eut pour ainsi dire pas de récolte.
 
homme en pleursLes pleurs du semeur
Alors le semeur pleura. « A quoi cela me sert-il de semer si désormais aucune de mes graines ne porte plus de fruit ? » demanda-t-il ?
Un enfant s’approcha de lui et lui répondit : « Pourquoi pleures-tu semeur ? Depuis le temps que tu sèmes partout, tu devrais être habitué à ce que la majorité de tes graines se voient dévorées par les oiseaux, brûlées par le soleil, étouffées par les ronces, balayées par le vent, évacuées par le trafic autoroutier. »
« Oui, répondit le semeur, tu as raison, ce n’est pas d’hier que mes graines ne germent pas toutes comme je l’aurais espéré. »
« Mais alors pourquoi n’as-tu pas réagi plus tôt ? demanda l’enfant. Tu aurais pu te battre pour conserver ta terre, préserver le climat, la biodiversité et la propreté de ton sol. »
« C’est que - lui répondit le semeur, - je ne sais faire que semer. Le reste n’est pas de mon ressort. Si j’ai semé partout et tout le temps, c’est parce que j’avais confiance en ma terre. J’avais confiance qu’il y aurait ne serait-ce qu’un petit espace où mes graines seraient bien accueillies et pourraient donner du fruit en abondance et en suffisance pour nourrir les humains. Mais je n’aurais jamais pu imaginer que les personnes qui se nourrissaient de mes moissons détruisent elles-mêmes à petit feu le peu de terre qui leur permettait de vivre ».
« Que vas-tu faire alors ? » continua l’enfant.
« Je te l’ai dit, je ne sais faire que semer, lui dit le semeur. Alors je vais continuer de semer jusqu’à ce que je trouve une bonne terre qui accueille à nouveau mes graines. »
Et le semeur se remit en route.
 
Un enfant passe à l’actionenfant manif climat
Alors l’enfant pris son courage à deux mains, en plus d’une pelle, d’un papier et d’un stylo.
Avec sa pelle, il commença par évacuer les détritus.
Puis, avec son stylo et son papier, il rédigea des lettres, édita des flyers et des affiches qui disaient. « Stop ! Ça ne peut plus continuer comme ça. Il faut préserver ce qui nous reste de bonne terre, pour que les semences du semeur puissent continuer de germer, de porter du fruit et de nous nourrir. »
L’enfant se battit pour préserver la biodiversité, pour lutter contre la désertification, contre les pollutions de toute sorte, contre la bétonisation des terres fertiles.
Bien souvent, son combat n’aboutit à rien. Il se sentit alors encore plus proche du semeur, lui qui connaissait tant d’échecs et de défaites dans son entreprise d’ensemencement.
Mais alors, il se rappelait des paroles du semeur : « J’ai confiance en ma terre. J’ai confiance que l’énergie que je dépense et la foi qui m’anime finiront par porter encore du fruit. »
A l’heure où je vous parle, les combats de l’enfant ne font que commencer et les larmes de dépit du semeur ne sont de loin pas toutes séchées, bien au contraire.
Mais en voyant l’enfant se battre, le semeur a retrouvé du cœur à l’ouvrage. Il s’est remis à semer tant et plus.
Il se pourrait même que quelques-unes de ces graines fabuleuses atterrissent ce matin jusque chez vous.
Parce qu’il continue de croire qu’une terre réceptive se trouve ici aussi, quelque part dans votre cœur. Et que cette bonne terre qui est en vous vous permettra d’œuvrer à votre tour pour que de plus en plus de terre redevienne bonne, fertile, et porte une moisson abondante.

Christian Vez (avec l'aide de Romane, Alice, Lilouane, Justine, Lucie, Linda, Océane, Eva et Romain)
 
[1] Marc 4, 1-9

[2] https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/01/14/le-gouvernement-cherche-la-cle-pour-juguler-le-betonnage-des-terres_6025791_3234.html

[3] https://www.actu-environnement.com/ae/news/664.php4

[4] https://www.geo.fr/environnement/declin-des-vers-de-terre-quelles-consequences-pour-la-planete-195717

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