Le miracle d’Ogens
Cette semaine, j’ai envie de vous parler d’un miracle auquel j’ai assisté mercredi 17 mars dernier.
Souvenez-vous ! Il faisait un temps de chien, avec giboulées de neige, rafales de vent et une température à ne pas mettre un catéchumène dehors.
Et pourtant, une vingtaine d’entre eux a bravé ces conditions difficiles pour faire de la vente au porte-à-porte, notamment dans le village d’Ogens.
Pour celles et ceux d’entre vous qui l’ignorent, sachez qu’Ogens est une commune du Gros de Vaud peuplée de tout juste 300 habitants.
Quelle drôle d’idée de choisir une si petite localité pour faire du porte-à-porte, vous dites-vous peut-être, et je dois avouer m’être aussi posé cette question.
Mais voilà que la vente de pâtisseries dans ce village a rapporté plus de 500.-CHF, soit plus d’une fois et demie le nombre d’habitants de cette localité.
C’est ce résultat étonnant qui me fait en parler comme d’un petit miracle.
Qu’est-ce qu’un miracle ?
Dans la mentalité courante, on parle de miracle pour désigner un évènement qui défie les lois naturelles. On en trouve un certain nombre dans les Evangiles, avec par exemple Jésus qui marche sur les eaux, qui guérit des personnes de leur handicap ou qui nourrit une foule de plusieurs milliers de personnes avec cinq pains et deux poissons.
Je dois avouer que je suis parfois gêné par l’aspect tape-à-l’œil de certains miracles bibliques, même si l’on ne peut qu’être séduit par la sobriété des récits qui les racontent. Quel contraste par exemple entre le récit de la guérison de l’aveugle-né dans l’Evangile et sa mise en scène par les cinéastes hollywoodiens !
D’ailleurs, ce qui étonnait les contemporains de Jésus, ce n’était pas tellement qu’il fasse des miracles, car beaucoup de gens en faisaient à l’époque. Mais c’était qu’il restaure l’entier des personnes qu’il guérissait dans leur relation à Dieu, aux autres et à eux-mêmes.
C’est en tout cas ce qu’atteste cette question posée par Jésus suite à la guérison d’un homme paralysé. « Est-il plus difficile de dire : « Tes péchés sont pardonnés », ou de dire : « Lève-toi et marche » ?[1]
Les miracles de Jésus ne sont pas des happenings réalisés pour frapper les esprits, mais ils font partie de son message qui vise à transformer profondément la manière de vivre des gens, en les libérant, en les responsabilisant, en leur donnant l’audace de se mettre en route.
Et c’est ce qui s’est passé à Ogens.
Le miracle d’Ogens
Pourquoi donc interpréter la vente des catéchumènes comme un miracle ?
Tout d’abord parce qu’aucun d’entre eux n’aurait imaginé que leur vente allait rapporter autant d’argent. C’est à une sorte de pêche miraculeuse qu’ils ont participé, malgré ou à cause de leur ingénuité et de leur inexpérience.
Âgés de 11-12 ans, ils manquaient en effet singulièrement de savoir-faire lorsqu’ils essayaient d’expliquer aux acheteurs potentiels leur démarche.
Leur timidité, leur difficulté à mettre en mots leur action pouvaient même apparaître comme un anti-modèle en matière de communication publicitaire.
Et pourtant, les gens ont été sensibles à leur entreprise et ont contribué à sa réussite au-delà de toute espérance.
Ce qui a constitué la clé de ce succès, c’est que, malgré leurs doutes, les catéchumènes ont cru à ce qu’ils faisaient. L’idée de cette vente avait en effet germé dans leurs esprits au cours des rencontres de catéchisme dont le titre était : « Dieu compte sur nous pour changer le monde ». Quelques enfants d’Ogens ont alors persuadé leurs camarades de se rallier à un projet qu’elles souhaitaient mettre sur pied : vendre des pâtisseries au profit des cartons du cœur et de la SPA.
Ni la pandémie, ni la météo exécrable, ni leurs craintes, ni certaines réticences d’adultes ne sont parvenues à briser leur élan. Et ils se sont mis au travail : une semaine avant la vente, ils ont placardé des affichettes dans leur village, puis ils ont confectionné des montagnes de pâtisseries (avec l’aide de leurs parents) qu’ils ont ensuite vendues au bon cœur des clients le plus naturellement du monde.
Lorsque la foi triomphe de la peur
Avant de se lancer, ils étaient plutôt inquiets quant à l’accueil qui allait leur être réservés. Ils se demandaient surtout comment les gens allaient contribuer à leur vente.
« Qu’est-ce qu’on fait si les gens ne nous donnent que 10 centimes pour une pâtisserie ? » ont-ils ainsi demandé.
C’est qu’ils ne se doutaient pas de l’impact que provoquerait leur coup de sonnette chez les habitants de leur village. En ces temps moroses et sinistrés, voir des enfants se mobiliser ainsi dans un élan altruiste a provoqué un sursaut de générosité aussi spectaculaire qu’inattendu.
Jésus ne disait-il pas qu’il suffisait d’avoir une foi aussi grande qu’un grain de moutarde pour déplacer des montagnes ?
Lorsque je repasse le film des évènements qui ont conduit à cette réussite, je revois cette catéchumène de 11 ans en train de convaincre ses camarades du bien-fondé de son idée, puis le groupe s’organiser pour être le plus efficace possible en décidant de multiplier les points de vente et de faire du porte-à-porte, les parents surmonter leurs inquiétudes pour aider leurs enfants et enfin les clients participer généreusement au succès de toute l’opération.
Et je me dis qu’il suffit effectivement de si peu pour qu’une dynamique miraculeuse s’enclenche, dans une sorte d’effet papillon positif.
Des miracles en boucle
Sachez que si je ne vous parle que du miracle d’Ogens dans cette méditation, c’est parce que c’est dans ce petit village que le résultat financier a été le plus spectaculaire.
Mais il ne faudrait pas oublier de parler aussi des miracles de Neyruz-sur-Moudon, Peney-le-Jorat et Thierrens qui ont permis à l’opération de dégager la magnifique somme de 1200.-CHF au total.
Et voici en outre que quelques jours plus tard s’opérait un miracle du même type s’est produit à Poliez-le-Grand où d’autres enfants ont vendu des œufs qu’ils avaient décorés au bénéfice d’un projet de l’EPER en Haïti, récoltant plus de 400.-CHF.
Au-delà de ces montants, c’est certainement la foi des enfants qui m’apparaît comme le véritable miracle de cette histoire.
Alors qu’on ne cesse de leur dire que leur avenir est incertain, voire grandement compromis, ils ont décidé de passer à l’action, à leur manière, pour apporter une touche de solidarité et de respect dans ce monde qui se recroqueville de plus en plus sur lui-même, et lui offrir ainsi une bouffée d’air frais et solidaire.
Et j’imagine volontiers un Jésus contemporain commencer une de ses paraboles en disant :
« Le Royaume des cieux est semblable à un groupe d’enfants décidés à agir pour changer le monde… »
Christian Vez
[1] Matthieu 9,5

