Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu?
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Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu?

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?

Une question légitime

Au-delà du titre d’un film comique, il est légitime de se poser cette question, surtout par les temps qui courent.

Elle m’est apparue sous deux formes différentes ces derniers jours.

Tout d’abord par le biais d’une connaissance croisée par hasard dans un magasin. La discussion tourne évidemment autour de la pandémie et des difficultés qu’elle occasionne. Et voilà que cette personne me demande tout à coup. « Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter tout ça ? »

Prince dEgypte margeEt le même jour, cette question rebondit étrangement par l’intermédiaire de parents qui me disent avoir regardé le dessin animé « Le prince d’Egypte » avec leurs enfants. Ceux-ci les ont assaillis de questions lors de l’épisode des plaies d’Egypte. Comment Dieu peut-il punir ainsi le Pharaon et son peuple, allant jusqu’à faire mourir tous les premiers-nés égyptiens ?

Même si elle nous heurte, la représentation d’un Dieu père-fouettard est fortement ancrée dans nos esprits. L’histoire du christianisme est hélas parsemée de cette notion d’un Dieu qui sanctionnerait les écarts de ses créatures en fonction de leur comportement.

Face à cette représentation effrayante de Dieu, je ne suis pas le premier à dire qu’on ne saurait comprendre la pandémie, ni d’ailleurs aucun de nos malheurs, comme une punition divine face à nos dérives morales ou spirituelles.

A ce jour l'hypothèse la plus probable relative à l’apparition du virus demeure qu'il serait l’une des conséquences fâcheuses dues à l’empiètement des humains sur le domaine de la vie sauvage, en l’occurrence des chauves-souris et des pangolins. Par conséquent, s’il n’est pas correct de voir la main de Dieu dans l’apparition du coronavirus, il convient tout de même de se questionner sur les déséquilibres que la vie humaine fait subir à la nature pour éviter l’apparition de nouvelles zoonoses (transmission de maladies animales à l’humain). Et malheureusement, on n’en est encore bien loin.

La Bible et le Dieu vengeur

Mais la question d’un Dieu violent n’est pas totalement résolue pour autant. Pourquoi trouve-t-on dans les récits bibliques tant de passages dans lesquels on voit un DieuDieu Michel ange legende qui n’hésite pas à maltraiter des êtres humains comme c’est le cas dans le récit des plaies d’Egypte ?

Lorsque je me suis attelé au travail de réécriture des Psaumes, ces questions se sont posées à moi à de nombreuses reprises. Les auteurs de ces prières n’hésitent en effet pas à demander à Dieu de s’en prendre à leurs ennemis. En voici deux exemples particulièrement frappants :

« Ô Dieu, casse les dents des méchants, brise leurs crocs de lions, Seigneur. Qu'ils disparaissent comme l'eau qui s'écoule ! Que leur flèche soit sans force ! Qu'ils aient le sort de la limace qui se dessèche à mesure qu'elle avance !
Comme l'enfant mort-né, qu'ils ne voient pas le jour ! (Psaume 58, 7-9)

Et celui qu’on ose à peine citer : « Babylone, heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer sur le roc » (Psaume 137,9)

Se décharger de sa violence sur Dieu

Avant d’aller plus loin, commençons par reconnaître que le désir de punition des méchants fait partie de nous. Et c’est un désir légitime.

Relevons également que les auteurs de ces passages bibliques demandent à quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes de terrasser ceux qui les oppressent. Il faut commencer par saluer cette mise à distance qui évite à la personne qui se sent victime de se faire justice ou de se venger elle-même.

C’est Dieu qui intervient envers les Egyptiens et à qui on demande de sévir contre les méchants ou les infidèles.

Comment lire l’Ancien Testament ?

Comment comprendre alors les faits violents attribués à Dieu dans les récits bibliques, qui font dire parfois à certains qu’ils ne croient pas au Dieu de l’Ancien Testament ?

Jean Calvin legendeIl est un principe simple qui peut nous aider à résoudre cette question. Il nous est transmis par les Réformateurs qui recommandaient de lire la Bible éclairés par la lumière de la foi au Christ sous l’inspiration du Saint-Esprit.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Pour les Réformateurs, il ne s’agit pas de lire la Bible simplement pour savoir ce que disent les textes qui y sont rassemblés, mais il faut les lire avec le désir d’en nourrir notre relation à Dieu. Autrement dit, la lecture croyante de la Bible a ceci de particulier que le lecteur est lui-même engagé dans sa lecture. Il s’agit donc d’aller au-delà la seule compréhension de ces textes et de chercher à entendre ce qu’ils nous disent de notre propre relation à Dieu.

Ainsi lorsque nous découvrons le récit des plaies d’Egypte, notre question ne devrait pas tellement être de comprendre pourquoi Dieu a agi si violemment envers les méchants Egyptiens pour sauver les pauvres Israélites, mais de nous demander comment Dieu triomphe aujourd’hui de nos résistances - qu’il s’agisse de nos rancunes, de nos rancœurs, de nos jalousies, de nos pardons impossibles, de nos addictions, etc… - pour nous entraîner vers notre terre promise,

Nous sommes donc à la fois les Egyptiens et les Israélites de l’histoire, avec les obstacles que nous dressons pour faire barrage à l’action libératrice de Dieu et l’élan que nous donne le souffle de ce même Dieu.

Une alliance élargie

La différence entre les récits de l’Ancien Testament et notre réalité, c’est que dans ces récits, il y a bel et bien d’un côté le peuple d’Israël avec qui Dieu s’est engagé dans une alliance et de l’autre les peuples concurrents et parfois ennemis.

Or cette alliance s’est élargie dans une perspective universelle en la personne du Christ, jusqu’aux extrémités de la terre, comme le dit Matthieu en conclusion de son Evangile.

Cet élargissement nous conduit à distinguer désormais le mal des auteurs du mal, c’est-à-dire à combattre le mal tout en nous efforçant d’aimer nos ennemis, comme l’a enseigné Jésus.Jesus et la femme adultere legende

Cela m’a conduit à reformuler ainsi les demandes de vengeance contenue dans les Psaumes cités ci-dessus :

« Puisque même les lions se cassent les dents au contact des méchants, détruis leur hargne, je t’en prie, mon Dieu !

Qu’elle s’écoule comme les eaux usagées ! Qu’elle se flétrisse comme de l’herbe piétinée !

Qu’elle se dessèche comme une limace au soleil !  

Qu’elle meure avant même d’être née ! (Psaume 58, 7-9 réécrit)

Et pour le psaume 137 :

« La loi du plus fort fini par avoir raison des fruits qu’elle a elle-même engendrés.

Heureux donc qui fera table rase ! » (Psaume 137, 9 réécrit)

Passer de l’enfermement à la liberté

Chagall Mer Rouge legendeIl ne s’agit donc plus tellement de nous demander ce que nous avons fait au bon Dieu pour mériter tel ou tel châtiment, mais ce que nous faisons en nous-mêmes pour favoriser ou empêcher son action libératrice de s’opérer en nous.

Les plaies qui se sont abattues sur le Pharaon et son peuple n’auraient aucun sens si elles n’avaient pas été suivies par la sortie d’Egypte du peuple des Hébreux - la Pâque - c’est-à-dire le passage de l’esclavage à l’apprentissage de la liberté du peuple de Dieu.

La mort du Christ sur la croix condense toutes les plaies qui défigurent aujourd’hui encore notre humanité.

Et sa résurrection ouvre une brèche lumineuse à l’intérieur de nos ténèbres les plus profondes.

C’est ce que je nous souhaite de vivre en ce temps qui nous conduit à célébrer Pâques, malgré la pandémie et les malheurs qu’elle continue d’engendrer.

Heureux qui saura en faire table rase !

Christian Vez

Église ouverte

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