Pour ne plus danser au bal des casse-pieds
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Pour ne plus danser au bal des casse-pieds

 Pour ne plus danser au bal des casse-pieds
 

« Que voyez-vous sur cette image ? »
Tu mas remis sur pied
Au cours de cette semaine, j’ai demandé aux gens que j’ai rencontrés de me dire à quoi leur faisait penser la représentation ci-dessus ?
Les réponses ont été variées : certains y ont vu une femme en train de tomber, d’autres un feu dont les flammes étaient soufflées par le vent, d’autres encore le squelette d’une baleine ou des intestins.
Et vous, qu’y voyez-vous ?
 
Un pied blessé comme symbole
Etonnamment, pour réaliser cette œuvre, l’artiste Lilian Moreno Sanchez s’est inspirée d’une radiographie d’un pied aux os partiellement cassés et tordus.Manif chili legende
Il s’agit plus précisément du pied d’une personne blessée lors d’une manifestation à Santiago du Chili en octobre 2019. Les manifestants y dénonçaient en particulier la hausse du coût de la vie et l’augmentation des inégalités sociales qui en découlent.
Si je vous en parle cette semaine, c’est parce que cette tenture a été choisie par les œuvres d’entraide Pain pour le Prochain et Action de Carême pour enrichir notre réflexion en lien avec la campagne qu’elles mènent ces temps sur le thème de la justice climatique.
Vous vous demandez peut-être – à raison ! - quel rapport il peut bien y avoir entre cette représentation artistique d’une radiographie de pied cassé et la justice climatique. Les initiants de la campagne l’explicitent ainsi : « Actuellement, écrivent-ils, ce sont les habitant·e·s des pays pauvres qui souffrent le plus des conséquences du réchauffement, alors qu’ils en sont le moins responsables. »[1]
Ainsi par exemple « au Kenya, les plantes sèchent sur pied et les conflits entourant les pâturages s’enveniment. En Indonésie, la mer inonde des terres fertiles, ravage des récoltes et détruit des maisons, ce qui favorise les maladies, la faim, la pauvreté et la détresse psychique. »[2]
 
En écho aux pieds transpercés du Christ
Les souffrances engendrées par le réchauffement climatique cassent les pieds et le moral des populations les plus pauvres. Et voici qu’à l’image du pied représenté par notre artiste, même leurs cris de protestation se voient brisés par notre système consumériste qui ne supporte aucune contestation, comme l’a montré le résultat de la votation sur l’accord de partenariat économique de la Suisse avec l’Indonésie de dimanche dernier.
Pourtant la situation n’est pas sans espérance. L’artiste a d’ailleurs donné comme titre à son œuvre un verset biblique qui dit : « Tu m’as remis sur pied, tu m’as donné du Pieds de Jesus margelarge. »[3] Elle explicite ses choix ainsi : « Une radiographie nous permet de tout voir clairement. Mais mon œuvre ne s’arrête pas à la souffrance. Elle exprime l’importance de se relever, de bouger, de se développer. Il y a une force en nous qui nous permet de nous libérer. »[4]
C’est là l’espérance de la foi qui ne cesse de répéter que Dieu rend justice aux humiliés, de les remettre précisément sur pied.
C’est d’ailleurs ce qu’il a fait pour le Christ lui-même, dont les pieds avaient été transpercés par un énorme clou sur la croix. Mais ce drame n’a pas empêché Dieu de le relever et de lui permettre d’accompagner ses disciples sur le chemin d’Emmaüs, deux jours après avoir vu ses pieds ainsi broyés.
La résurrection du Christ est bel et bien passée par la restauration de ses pieds.
 
Du soin de pieds dans les Evangiles
Me reviennent alors en mémoire deux épisodes de l’Evangile où il est question du soin portés aux pieds.Le repas chez Simon legende
La première histoire nous est racontée dans l’Evangile de Luc[5] : Jésus a été invité à manger chez un notable appelé Simon le pharisien. Alors qu’il se trouve vraisemblablement allongé, comme l’étaient les convives à l’époque, voici qu’une femme de mauvaise réputation fait irruption dans la salle à manger. Il s’agissait d’une femme dont le comportement ne correspondait pas aux codes éthiques de l’époque, soit sur le plan de la morale sexuelle comme on l’imagine le plus souvent, mais peut-être aussi sur des plans économique ou politique (une collabo avec l’occupant romain à l’époque, une spéculatrice financière sans scrupule aujourd’hui) ou encore sanitaire ou sociale (une estropiée de la vie, une SDF, une toxicomane…)
Toujours est-il que cette femme se précipite aux pieds de Jésus, qu’elle les baigne de ses larmes, les essuie avec ses cheveux et les oint de parfum.
Tous les convives sont profondément choqués : à part les servantes, les femmes n’étaient pas censées entrer dans la salle du repas, et surtout pas une femme considérée comme impure.
Ses caresses pleines de tendresse envers Jésus ne pouvaient qu’hérisser davantage encore le poil des hommes présents, à commencer par ceux de son hôte dont la maison et la réputation venaient d’être souillées par cette apparition impromptue.
Jésus est le seul à apprécier ce geste à sa juste valeur. Il en fait d’ailleurs l’éloge, en saluant ce témoignage d’amour sincère et bienfaisant à son égard. Jésus s’est ainsi vu honoré jusque dans ses orteils par cette femme qui n’a pas hésité à transgresser tous les codes pour faire ce qui lui paraissait juste.
 
Jesus lave les pieds d eses disciples legendeLorsque Jésus s’inspire d’une pécheresse
Mais Jésus n’en restera pas là. Juste avant sa mort, lors du dernier repas pris avec ses disciples, il reproduira ce même geste envers ses disciples, s’agenouillant devant chacun d’entre eux pour leur laver les pieds, à la stupéfaction générale.
Puis il leur dira : « Si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné. Ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi ! »[6]
Cette démonstration d’amour extrême - comme la qualifie l’Evangéliste Jean - nous invite donc à nous préoccuper des pieds de nos prochains, particulièrement des pieds endoloris, meurtris, parfois même cassés comme l’est celui qui se trouve représenté sur notre œuvre. En commençant sans doute par arrêter de marcher sur les pieds, sur les souffrances et sur les droits de celles et eux qui pâtissent injustement du dérèglement climatique.
 
L’espoir de pieds remis en marche
« Tu m’as remis sur pied, tu m’as donné du large. » La réalité de ce verset ne correspond pas vraiment au pied broyé dont la radiographie a inspiré notre artiste.
Et pourtant, en donnant comme titre à sa réalisation ce verset plein d’espoir, elle nous invite à croire avec elle que le broyage des pieds d'autrui n’est pas une fatalité. « Un autre monde est possible » a-t-elle écrit par ailleurs en commentaire à son œuvre.
C’est en tout cas là le désir de Dieu : que chacun de ses enfants puisse se tenir debout et danser au sein d’une création réconciliée et réconciliante.
Grâce à nos pieds régénérés par le Christ, il n’est jamais trop tard pour entrer dans cette danse-là : la danse du respect de la vie et des vivants qui est tout à l’opposé du bal des casse-pieds.
 
Christian Vez

[1] https://voir-et-agir.ch/topic/justice-climatique-maintenant/

[2] ibid

[3] Psaume 31,9

[4] Lilian Moreno Sanchez « Brève description de la tenture de Carême »

[5] Luc 7, 36-50

[6] Jean 13,13-14

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