La Saint-Valentin ou la fête du Désir
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La Saint-Valentin ou la fête du Désir

 

Nous sommes des êtres de désir

Rien de tel qu’une fête des amoureux pour sortir du marasme actuel ! Mais il serait dommage d’en exclure celles et ceux qui ne recevront ni fleurs ni mots doux en cette journée de Saint-Valentin.Haddock

La fête des amoureux dépasse en effet de loin les traditions qui lui sont associées. Elle est l’occasion de nous souvenir qu’amoureux ou non, nous sommes toutes et tous des êtres de désir. Et que pour parler comme le capitaine Haddock, cela nous rend la vie à la fois très simple… et très compliquée.

 

Brûler de désir sans se consumer

Très simple, car le désir est un élan de vitalité extraordinaire qui nous donne de l’énergie, de la créativité, de l’audace et pas seulement dans le domaine amoureux. Sylvie Germain en parle magnifiquement lorsqu’elle dit que « le Désir évoque un jaillissement, comme celui d’une source, d’un jet d’eau, ou d’un arbre… quelque chose de naturel qui mûrit, croît. C’est une force vitale. Comme l’amour auquel il est indissolublement lié. Il s’agit ici de l’amour sous toutes ses formes, pas seulement amoureux : amour de la nature, amour du monde, amour de l’autre, et par excellence amour de Dieu dans le cas des mystiques. »[1]

Le désir, c’est donc un feu intérieur qui allume mystérieusement en nous une passion, une ardeur pleine de vitalité et d’énergie.

Chagall Moise et le buisson ardent legendeCela me fait penser au buisson ardent qui intrigua le jeune berger qu’était alors Moïse. Ce buisson brûlait en effet sans se consumer, nous est-il dit [2]. En s’en approchant, Moïse entendit la voix de Dieu qui en émanait. Elle lui confia sa mission de libération du peuple des hébreux. Mais plus encore, on pourrait dire que le feu du buisson s’est également transmis à ce moment-là au jeune homme qu’était Moïse. On peut en effet affirmer sans exagérer que Moïse sera animé du feu sacré pour convaincre le Pharaon de laisser partir le peuple hébreu et pour le guider dans sa longue traversée du désert. C’est en se référant à ce genre d’écrit que la majuscule peut apparaître au début du mot Désir[3]. Il y a en effet quelque chose de divin dans ce feu qui se met soudain à brûler en nous – sans nous détruire – et nous rend ardent à notre tour, à l’instar du buisson de l’Exode et de Moïse.

L’inverse du désir : l’envie

Mais qu’il est difficile de ne pas se laisser consumer par ce feu lorsqu’il s’empare de nous ! Oui, qu’il est difficile d’échapper à la perversion du désir, que Sylvie Germain appelle l’envie !

Cette perversion, elle survient précisément lorsque le feu du désir qui nous avait embrasé finit par nous réduire en cendres. C’est précisément ce qui se passe lorsque le désir dégénère en envie. Alors que le désir naît mystérieusement et n’a pas pour objet un aboutissement précis, alors qu’il est comme un élan toujours renouvelé et jamais assouvi, l’envie se caractérise quant à elle par la possession. Possession de l’être aimé, de l’objet convoité, de la jouissance attendue.

« Le vrai désir ne vise pas la possession, nous rappelle Sylvie Germain, il est libération, mise en chemin, tension ; il est désir de co-naissance, de jouissance toujours renaissante. En revanche l’envie est une sortie honteuse et malheureuse hors de soi, c’est une « échappée laide. », dit-elle, avant de conclure : l’envie est liée à la jalousie et à la frustration »[4]

Le drame humain se joue souvent dans cette réduction malheureuse du désir en envie.

Là où le désir était libération, l’envie vise la possession. Là où le désir poussait les humains à aller au-delà d’eux-mêmes, l’envie leur fait miroiter un bonheur illusoire qui s’évanouira aussitôt l’objet – ou la personne – convoité entre leurs mains ou dans leurs bras.

L’envie : une des facettes du péchéLenvie legende

On pourrait aller jusqu’à dire de l’envie qu’elle est une des facettes du péché.[5] Rappelons-nous que ce qui convainquit Eve de croquer dans le fruit défendu, c’était justement l’envie qu’avait fait naître en elle la parole du serpent qui lui avait promis : « Vous serez comme des dieux. » Comme si la consommation d’un fruit, d’une drogue ou d’un quelconque produit dont on nous vante les mérites pouvait nous transformer, nous améliorer, nous rendre divins, comme par magie.

Les publicitaires s’ingénient d’ailleurs à susciter ainsi nos envies, en nous promettant monts et merveilles, jouissance et tranquillité, grâce aux produits qu’ils s’échinent à nous faire acheter. Reconnaissons pourtant que dans le meilleur des cas, la satisfaction de nos envies ne nous procurera qu’un plaisir, le plus souvent solitaire et, hélas, éphémère !

Le plaisir et la joie

La voie du désir est toute autre. Plus que par le plaisir, elle est balisée par la joie. Une joie qui – contrairement au plaisir - n’atteint jamais son paroxysme, tant il est vrai que tout comme l’amour, la joie n’a pas de limites. Sur ce chemin, le plaisir n’est donc pas une fin en soi, mais on le reçoit tout de même avec bonheur, une sorte de cadeau-bonus en cours de route que l’on partage aussitôt sans se l’approprier.

C’est ainsi que la prière des mystiques a creusé en eux l’ardent désir de Dieu. Ce désir, cette quête ininterrompue de la présence et de l’amour divin est devenue l’axe de leur vie, avec des temps d’éblouissement et des temps de traversée du désert.

joieTout comme la vie de couple en somme.

C’est pourquoi en ce jour de Saint-Valentin, quelle que soit votre vie amoureuse ou spirituelle, je vous souhaite à toutes et tous de vivre une journée qui exacerbe votre désir tout en vous mettant à l’abri de l’envie.

Et tout cela avec beaucoup de joie et le plaisir qui l’accompagne.

Christian Vez

Le désir d’aimer (un texte de Marie de Solesmes)[6]

Perdue au sein du monde

Enivrée de la peur qu’apporte chaque seconde

Malgré tout, malgré moi, malgré vous… Je désire !

 

Je désire jusqu’à l’inaccessible,

Et je frémis en rêvant

A l’incendiaire folie de l’amour indicible.

 

Seul l’élan d’un tel amour me portera

Au-delà des frontières du néant

Jusqu’à ce point de non-retour

Où, innocents et paisibles, baignés de jour,

Enfin s’enlacent les amants.

 

C’est là, dans ce lieu de prière,

A cette heure inconnue

Où s’éveillent les désirs et s’apaisent les guerres

Qu’enfin je connaîtrai la liberté.

La liberté de renoncer.

 

Je renoncerai à posséder

Je renoncerai à dépouiller

Pour apprendre en silence,

Dans des flots de patience et d’infinie gaieté

A conjuguer le verbe aimer

Avec Ta lumière pour sujet

Et en bonus cette réécriture de la fin du Cantique des cantiques où l’aimée dit à son amant :

Je te réveille sous le pommier, là où ta mère t’a conçu, là où elle t’a mis au monde.

Et là, je m’adresse au plus profond de ton âme. Je te murmure :

« Mets-moi tout contre ton cœur, comme ton cachet personnel, comme un sceau sur ton bras ! »

Car l’amour est sans retour, comme la mort. La passion demeure inaliénable, comme le séjour des morts.

Les flammes du désir sont invincibles. Elles nous embrasent, tels des coups de foudre sacrés.

Rien ne saurait les éteindre : aucune rivière, aucun fleuve n’en serait capable.

Si un homme donnait tout ce qu’il a pour acheter l’amour, il n’en retirerait rien d’autre que du mépris.

 

[1] Sylvie Germain, in Marie de Solesme  « Entre désir et renoncement » Albin Michel 1999 p.48

[2] Exode 3.2

[3] Comme le fait Sylvie Germain

[4] Sylvie Germain, ibid, p.50

[5] L’envie fait d’ailleurs partie des péchés capitaux établis par l’Eglise catholique

[6] Marie de Solesme « Entre désir et renoncement » Albin Michel 1999) p.p 157-8

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