Lutter contre le virus: un combat spirituel
Featured

Lutter contre le virus: un combat spirituel

Lutter contre le virus : un combat spirituel

La lutte continue…

Alors qu’on espérait que 2021 nous permettrait de tirer un trait sur les affres du virus et de la pandémie, voici qu’il continue à nous compliquer la vie et à l’impacter.

La lutte contre la Covid-19 dure plus longtemps que prévu et nous oblige à renouveler nos forces pour ne pas baisser les bras. La solitude, le manque de contacts, les conséquences physiologiques, économiques, sociales et psychologiques de ce combat montrent à la fois la fragilité de notre humanité, mais aussi son incroyable capacité à puiser dans ses ressources (dans tous les sens due ce terme !) pour en sortir victorieux.

Alors qu’on semble ne pas finir de se rapprocher du bout du tunnel, il est un épisode biblique qui résonne puissamment à mes oreilles en songeant à notre situation actuelle.

 

En écho à la lutte de JacobLeloir legende

Il s’agit de la lutte menée par Jacob que l’on peut lire en Genèse 32. (Le texte se trouve ci-dessous dans la traduction d’André Chouraqui)

On a pris l’habitude de donner comme titre à ce récit : « La lutte de Jacob avec l’ange. »[1]

Les représentations des grands maîtres de la peinture ne manquent d’ailleurs pas de mettre des ailes à l’agresseur de Jacob. Mais une lecture attentive du texte nous montre que c’est loin d’être aussi clair que cela.

Qu’en est-il réellement ?

L’histoire de Jacob qui nous est relatée, c’est d’abord celle d’un homme qui a peur.

Après de nombreuses années passées loin de sa terre natale, le voici en effet en train d’y revenir avec ses deux femmes, ses onze enfants, ses serviteurs, ses troupeaux et ses biens.

Jacob a en effet fort bien « réussi sa vie » auprès de son beau-père Laban dans la plaine d’Aram située au nord-est d’Israël.

Et l’on pourrait à bon droit imaginer son retour bien plus glorieux qu’il ne l’est en réalité.

Jacob tétanisé par la peur

Car Jacob a peur… de la vengeance de son frère Esaü, à qui il avait volé en son temps son droit d’aînesse. Il vient en effet juste d’apprendre qu’Esaü a été mis au courant du retour de son frère cadet et qu’il vient à sa rencontre fort d’une armée de 400 hommes.

Jacob a donc toutes les raisons d’avoir peur de ces retrouvailles qui s’annoncent plutôt musclées.

Alors au moment de franchir le gué du Yabboq qui marque l’entrée dans le territoire contrôlé par son frère, il envoie toutes celles et ceux qui l’accompagnent devant lui. Et il reste Gue du Yabboq legendeétrangement seul à camper dans ce lieu pour le moins dangereux : passage d’une rivière, frontière entre deux territoires, le Yabboq a tout d’un coupe-gorge.

Mais pour Jacob, ce lieu de passage est un cul-de-sac, une impasse dont le nom -Yabboq - reflète le sien. Il reste embourbé dans ce gué tout comme il est sclérosé par ses appréhensions.

Jacob est en effet comme tétanisé par sa peur, incapable d’une lucidité élémentaire qui lui ferait choisir un lieu moins exposé pour y passer sa nuit en solitaire.

Attaqué par surprise

Et ce qui devait arriver arrive : en pleine nuit, un assaillant mystérieux se jette sur lui et l’entraîne dans un combat sans merci.

Le virus qui s’est abattu sur nous a bien des traits communs avec cet assaillant sournois. Alors que les angoisses relatives à l’avenir de notre humanité ne faisaient que croître, voici que ce virus a surgi de quasiment nulle part. Il nous a surpris et nous a entraînés dans ce long combat qui mobilise l’essentiel de notre énergie depuis bientôt une année.

Mais voici qu’à force d’efforts, de confinements et avec l’aide efficace des vaccins, nous entrevoyons malgré tout le bout de ce long tunnel et pressentons que le virus pourrait bientôt être vaincu, tout comme Jacob finit par prendre le dessus sur son assaillant.

Le combat de Jacob se termine au lever du jour. Il a pris le dessus sur son adversaire. Mais avant de s’avouer vaincu, celui-ci décoche un ultime coup d’une rare violence, qui fait penser à la mutation récente du virus. Jacob est touché à la hanche mais il ne relâche pas sa pression pour autant.

Une conclusion surprenante

Et c’est à ce moment-là que s’engage entre les deux lutteurs exténués un étrange dialogue.

L’assaillant supplie Jacob de le laisser partir, de peur que le jour naissant ne permette à Jacob de le reconnaître. Mais l’identité de son agresseur semble ne pas intéresser Jacob. Chose ô combien étrange, il lui demande sa bénédiction.

BenedictionImaginerait-on demander au virus de nous bénir ? Ou à n’importe quel être ayant cherché à nous nuire ?

Et pourtant, cette demande surprenante donne à mon sens tout sa saveur à cette histoire.

Car en demandant cette bénédiction, Jacob s’assure d’une part que son agresseur ne s’en prendra plus à lui. Et puis, il montre également son désir que cette nuit de lutte l’accompagne de façon bénéfique, notamment pour ses prochaines retrouvailles avec son frère Esaü.

La métamorphose de Jacob

J’ai envie de dire que ce combat nocturne transforme Jacob. Il le fait passer de la peur qui le fige à l’acceptation de sa vulnérabilité qui lui permet de reprendre la route.

Comme tout un chacun, Jacob n’est en effet pas exempt de défauts. Son nom lui-même signifie « le roublard » et le moins qu’on puisse dire est qu’il l’a porté à merveille. Mais son retour au pays le met en face de sa vulnérabilité. Et sa peur naît du fait qu’il ne sait plus comment faire pour dominer cette vulnérabilité. Il est à bout d’astuces, de combines, de faux-fuyants. Il doit faire face à Esaü et lui rendre des comptes, qu’il imagine sévères.

Le combat inattendu qu’il livre cette nuit-là le révèle à lui-même. Il en ressort profondément métamorphosé. Il ne s’appellera du reste plus Jacob désormais, mais Israël : « Celui qui lutte avec Dieu. » Avec et non pas contre.

Et c’est tout l’intérêt de cette histoire. L’assaillant de Jacob n’est jamais décrit autrement que comme un homme. Si bien que je me demande finalement où est Dieu dans cette histoire. Certains tableaux présentant cette scène donnent plus l’impression d’une danse que d’une lutte entre Jacob et son assaillant, comme celui de Rembrandt ci-contreRembrandt kegende

Poursuivant cette intuition, je me plais à penser que la lutte de Jacob « avec Dieu » est une lutte qui se fait avec son aide, tout comme notre lutte contre le virus sollicite nos ressources spirituelles.

Lutter avec Dieu contre le virus

Lutter avec Dieu contre le virus reviendrait ainsi à accepter à notre tour la vulnérabilité que la pandémie a si bien mise en évidence.

B Brown legendeLa travailleuse sociale Brené Brown le dit merveilleusement dans une conférence TedX : la vulnérabilité n’est pas la faiblesse. Mais elle est le creuset où se forge le courage. D’après elle, c’est de la vulnérabilité assumée que naissent l’innovation, la créativité et le changement. Elle décrit comment elle-même a lutté durant une année en traversant une dépression pour assumer sa propre vulnérabilité et forger sa théorie en l’expérimentant dans sa propre chair.[2]

Lorsque Jacob repart du Yabboq, une dernière chose change encore. Il rebaptise ce lieu de passage en Penouel, qui signifie « visage de Dieu. » Car, dit-il : « J’ai vu Dieu face à face et mon être est secouru. »

Si Jacob n’a pas vu le visage de son agresseur, il a donc vu le visage de Dieu. Si ce n’est pas celui de son assaillant, ce ne peut donc être que le sien. Mais il nous est impossible de voir notre propre visage, tout comme il est impossible de voir le visage de Dieu. Et pourtant certaines épreuves nous révèlent notre visage intérieur, reflet du visage de Dieu qui nous secourt dans l’épreuve en nous donnant la force et le courage de nous battre.

Une vulnérabilité assumée

Lorsqu’il repart au petit matin, Jacob boite. Mais il n’en a cure. Puisqu’il n’est plus question pour lui de paraître fort ou invulnérable, mais qu’il ose se montrer simplement vrai, jusque dans ses fragilités désormais aisément repérables et assumées.

Le virus laissera lui aussi des traces dans nos vies et dans notre société.

Il y aura beaucoup à faire pour secourir les endeuillés mal consolés, les malades mal remis, les soignants malmenés et les travailleurs mal indemnisés.

Mais nous n’aurons pas honte de nos maux, car la lutte nous aura permis de gagner nous aussi en vérité, dans une vulnérabilité assumée et bénie.

Genèse 32, 24-32 Traduction André Chouraqui

Ia’acob se lève cette nuit-là, prend ses deux femmes, ses deux domestiques, ses onze enfants, et passe la passe du Iaboq. Il les prend, leur fait passer le torrent et fait passer ce qui est à lui.  Ia’acob reste seul. Un homme lutte avec lui jusqu’à la montée de l’aube.  Il voit qu’il ne peut rien contre lui. Il le touche à la paume de sa cuisse, la paume de la cuisse de Ia’acob se disloque dans sa lutte contre lui.  Il dit : « Envoie-moi : oui, l’aube est montée. » Il dit : « Je ne t’enverrai que si tu me bénis. » Il lui dit : « Quel est ton nom ? Il dit : « Ia’acob. » Il dit : « Ton nom ne se dira plus Ia’acob, mais Israël ­ Lutteur d’Él ­ : oui, tu as lutté avec Elohîm et avec les hommes, et tu as pu. » Ia’acob questionne et dit : « Rapporte-moi donc ton nom. » Il dit : « Pourquoi cela demandes-tu mon nom ? Et il le bénit là. 31 Ia’acob crie le nom du lieu : Péniél ­ Face d’Él : « Oui, j’ai vu Elohîms faces à faces et mon être est secouru » ! Le soleil brille sur lui lorsqu’il passe Penouél : il boite de la cuisse.

 

[1] Le livre d’Osée interprète cet épisode ainsi (Osée 12,4-5). Il arrive fréquemment dans la Bible qu’un même évènement donne lieu à des interprétations différentes. L’exemple le plus frappant est le recensement des Israélites effectué par David que le deuxième livre de Samuel dit inspiré par Dieu et le premier livre des Chronique inspiré par Satan (2 Samuel 24 et 1 Chroniques 21) Il ne convient pas de choisir entre les deux versions mais de chercher à comprendre ce que chaque version cherche à nous dire.

[2] La conférence de Brené Brown est accessible sur ce lien

Église ouverte

Un projet de l'Église Évangélique Réformée du canton de Vaud - Région Gros-de-Vaud-Venoge

logo EERV

Contact

Christian Vez

Av de la gare 1, 1040 Echallens

; 079 565 81 89

Facebook logo