Un monde qui bouge, comme Noël
Tout change, tout bouge. C’est vrai de notre monde, particulièrement en cette année 2020, mais c’est vrai aussi de Noël. Lorsque je relis les récits bibliques de la nativité, je suis en effet frappé de voir tout ce qui bouge aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des personnages qui y sont impliqués.
Songeons bien sûr pour commencer à Marie et Joseph qui ont effectué le long chemin qui les a conduits de Nazareth jusqu’à Bethléem.
Mais pensons aussi aux bergers qui ont couru en pleine nuit des champs où ils gardaient leurs troupeaux jusqu’à l’étable.
N’oublions pas non plus les mages partis de leur Orient mystérieux pour adorer le roi qui venait de naître en suivant l’étoile, qui s’était elle-même mise en mouvement pour les guider.
Et gardons-nous surtout de négliger le mouvement le plus important de cette histoire : la naissance de l’enfant Jésus qui a quitté la sécurité du ventre de Marie pour découvrir d’un coup la rugosité de la paille sur laquelle il a été couché, le froid de la nuit, mais aussi la douceur des souffles conjugués de l’âne et du bœuf et les voix réconfortantes de ses parents.
Le mouvement de cette naissance est même bien plus important encore. Puisque la tradition chrétienne y voit la descente du ciel divin sur la terre, l’incarnation du Dieu éternel dans le temps des hommes, le rétablissement d’une relation réconciliant l’humanité toute entière avec son Créateur.
L’immobilisme d’Hérode
Dans cette histoire où tout ce qui semblait figé vole en éclat – nos certitudes, nos compréhensions de nous-mêmes et de Dieu, les fatalités apparentes de nos destins marqués par l’horizon inéluctable de la mort – il reste pourtant un seul personnage qui demeure fermement immobile.
Il s’agit bien sûr d’Hérode, le roi tyrannique qui s’accroche à son trône par tous les moyens. Les livres d’histoire racontent d’ailleurs qu’il n’a pas hésité à faire périr ses propres enfants, son épouse et sa belle-mère par peur qu’ils ne le renversent.
Plutôt que de se laisser mettre en route par ces mages étranges qui lui demandaient où le roi de Juifs était né, plutôt que de se précipiter à Bethléem en suivant les indications des textes sacrés, il a choisi de rester sur son trône, pathétique et dérisoire, se consumant lui-même dans ses peurs, bouffi d’orgueil et de suffisance.
Dans les récits de Noël, nous avons donc d’un côté de nombreuses mises en mouvements et de l’autre un immobilisme absolu.
Noël immobilisé
En ce Noël 2020 si particulier, où le mot d’ordre de nos autorités est de rester chez nous en ne rencontrant qu’un minimum de personnes, nous nous retrouvons malgré nous plus proches de l’immobilisme d’Hérode que des nombreux transports des autres protagonistes.
Et pourtant, Dieu sait combien nous aimerions pouvoir sortir du marasme dans lequel la pandémie nous a plongés. Dieu sait combien nous aimerions retrouver notre liberté de mouvement, la douceur des embrassades, l’insouciance d’une vie sans masque, la joie de célébrations festives, la beauté de tables garnies de nombreux convives…
Et nous nous demandons quelle étoile pourrait bien briller au plus profond de nos ciels obscurcis et nous indiquer le chemin de sortie de cette crise ?
Tout utile est nécessaire qu’il puisse être, nous pressentons que le vaccin ne sera jamais qu’un pis-aller nous permettant de vivre malgré la maladie plutôt que de nous en affranchir.
D’où peut-être les nombreuses réticences qu’il suscite.
Une étoile qui change nos destinées
L’étoile qui mit les mages en mouvement était quant à elle d’une autre nature. Elle n’annonçait pas un retour à une situation antérieure, mais une vie profondément renouvelée, transformée par la naissance de quelque chose, en l’occurrence même de quelqu’un.
Alors que les astrologues tentent tant bien que mal de décrypter nos existences en lisant l’ordonnance du ciel de nos naissances, voici que le ciel de Noël se met à bouger et que d’un coup, plus rien n’est écrit d’avance.
Car à Noël, le ciel bouge et cela inquiète les Hérode des temps modernes qui aimeraient par-dessus tout que rien ne change, qui s’agrippent à leurs certitudes et à leurs privilèges de toutes leurs forces.
Un astre plus brillant que Jupiter et Saturne
Quelle est donc cet astre qui brille aujourd’hui suffisamment fort pour nous guider en direction de cette naissance qui change tout ?
La Grande Conjonction qui a eu lieu lundi soir de par le rapprochement de Saturne et de Jupiter a beau avoir fait briller le ciel d’un éclat rarissime, elle n’aura pas réussi à modifier nos constellations ni nos déterminismes.
L’alignement de ces deux planètes n’aura en l’occurrence guère eu de répercussions tangibles.
Comment déplacer une étoile ?
En ce qui me concerne, une petite phrase a suffi pour éclairer ma nuit d’un éclat nouveau. Cette petite phrase, elle a été écrite par Christiane Singer. Elle dit tout simplement : « Chaque geste peut déplacer une étoile. » Et de préciser : « A chaque instant, la porte peut s'ouvrir sur ton destin et, par les yeux de n'importe quel mendiant, il peut se faire que le ciel te regarde. L'instant où tu t'es détourné, lassé, aurait pu être celui de ton salut.[1] »
Les signes de la présence divine sont en effet sous nos yeux, tout comme l’enfant de Bethléem était visible par celles et ceux qui ont pris la peine de se rendre jusqu’à la crèche. Ils ont su y reconnaître l’Envoyé de Dieu. De même il nous appartient de voir le signe divin derrière le visible, comme on voit lentement scintiller une étoile en scrutant la nuit.
Pour sortir de l’état de sidération dans lequel l’année 2020 nous a plongés, il nous appartient donc de scruter nos sombres horizons et de nous laisser mettre en route par ces éclats d’étoile qui se donnent à nous.
Entrer dans la danse des étoiles
Et lorsque nous nous laissons mettre en route par ces étoiles qui nous indiquent de nouveaux chemins au plus vif de nos intuitions, il s’opère alors en nous une transformation étonnante : nous devenons étoiles à notre tour !
Oui, en nous laissant mettre en mouvement par la naissance inespérée de Noël, nous devenons à notre tour porteurs de cette étoile, porteurs du scoop de l’Evangile.
Tant et si bien que s’il est peut-être vrai d’affirmer avec le vieux sage qu’il n’y a rien nouveau sous le soleil de nos journées, il est tout aussi vrai de confesser qu’une lumière nouvelle illumine désormais nos nuits.
Car des étoiles ont commencé à y danser, et nous avec elles !!
Joyeux Noël à toutes et tous !
Christian Vez
[1] Christiane Singer : « Où cours-tu, ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? » pp 51-52

