Noël, ça change quoi au fond ?
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Noël, ça change quoi au fond ?

Une question qui prend de court

« Noël, ça change quoi au fond ? »

 Cette question m’a été posée la semaine dernière par un catéchumène.

Et je dois avouer que dans un premier temps, j’ai été carrément pris de court.

A ma place, qu’auriez-vous répondu à cet adolescent masqué dont la vie actuelle se trouve étroitement limitée par les impératifs sanitaires et la vie future menacée par tant de risques liés notamment à l’évolution du climat ?

Alors oui, qu’est-ce que ça change Noël dans la lutte contre le coronavirus, dans la recherche de solutions pour pallier aux catastrophes qui se présentent à l’horizon ?

 

Le vaccin n’est-il pas plus souhaitable que l’enfant de la crèche ?

Et l’adoption d’un comportement écologiquement responsable plus efficace que les prières pour envisager un avenir possible ?

Lorsque les sapins auront été rangés, les lumières éteintes et les crèches remisées, que restera-t-il de Noël qui nous aide vraiment à vivre le temps présent et à envisager l’avenir ?Sapin Noel jete

Tout compliqué et différent qu’il soit en 2020, le temps de fêtes de fin d’année ne durera jamais qu’un temps et les difficultés et les turpitudes de nos existences auront tôt fait de nous rattraper en janvier.

Alors oui, Noël, ça change quoi au fond ?

Rien.

Et tout.

Noël ne change rien

Les aléas de la vie resteront en effet ceux que nous connaissons et nos problèmes ne se trouveront pas résolus pour autant. Il y aura manifestement toujours besoin de se battre contre le virus et ses conséquences néfastes, toujours besoin de se préparer de façon lucide à un avenir lourd de menaces, toujours besoin de lutter pour que la solidarité l’emporte sur le sauve-qui-peut.

Notre réalité ne se trouvera pas changée par Noël. Elle nécessitera toujours et encore notre engagement lucide et déterminé, pour que notre humanité trouve comment sortir du cercle vicieux dans lequel elle s’est dangereusement engagée.

Noël change tout

Mais Noël change tout également.

Parents et bebe jpegTout comme la naissance d’un enfant chamboule complètement la vie des nouveaux parents, la naissance de Jésus chamboule elle aussi nos existences.

Ce qui change le plus pour les nouveaux parents lors de la naissance de leur enfant, c’est le fait qu’ils réorganisent complètement leur vie en fonction du bébé qui est arrivé dans leur vie.

Si rien n’a changé autour d’eux, ni leur travail, ni leurs intérêts, ni leurs liens sociaux, ni le monde dans lequel ils vivent, ils vont pourtant devoir modifier leur mode de vie en fonction de ce nouvel arrivé qui dépend totalement d’eux pour survivre, grandir et se développer.

Chaque naissance engendre ainsi un bouleversement profond, impacte d’un coup la vie des parents et de leurs proches, obligés d’agir désormais prioritairement en fonction du nouvel arrivant.

Et cela change tout dans leur vie, parfois douloureusement, parfois paisiblement.

Le film « Trois hommes et un couffin » le montrait avec humour en mettant en scène trois amis obligés du jour au lendemain de s’occuper d’un bébé.Trois hommes et un couffin Jpeg

Et si Noël opérait un changement similaire dans nos vies.

Réorganiser sa vie en fonction de Noël

La naissance de Jésus a beau avoir eu lieu il y a fort longtemps dans l’étable de Bethléem, c’est aujourd’hui encore que le Christ naît dans nos vies. Comme le disait si bien le mystique Angelus Silesius : « Le Christ serait-il né mille fois à Bethléem, s'il ne naît pas en toi, c'est en vain qu'il est né. Il faut qu’en toi Dieu naisse. Christ serait-il né mille fois à Bethléem, s'il n'est pas né en toi, tu restes mort à jamais.[1]»

La naissance du Christ en nous, elle a les mêmes effets que la naissance d’un enfant au sein d’un couple.

Cette naissance devient désormais notre priorité et nous invite à réaménager nos vies de fond en comble.

Nativite ombres chinoisesC’est un des grands mystères de Noël : Dieu nous confie son Fils. Si nous n’en faisons rien, il ne grandira pas et rien ne changera rien en nous ni autour de nous.

Mais si, comme Jean-Baptiste, nous l’accueillons en disant « il faut qu’il croisse et que je diminue [2] », alors cette naissance changera véritablement nos vies.

Faire croître le Christ en nous

Faire croître le Christ en nous, qu’est-ce à dire ? Peut-être rien d’autre sinon diminuer notre ego et laisser ce petit être prendre la place centrale de nos existences.

C’est aussi lui faire confiance, comme des jeunes parents font confiance à leur enfant pour qu’il s’épanouisse dans leur famille, puis dans le monde.

Et c’est également se faire confiance : Dieu nous a choisis pour nous confier son Fils. Il croit, Dieu, que nous pouvons effectivement laisser cet enfant grandir en nous pour que sa présence parmi nous nous transforme.Jeune fille joie Jpeg

« Dieu a fait pour moi des choses magnifiques, s’écrie Marie dans l’Evangile, il renverse les rois de leur trône et place les humbles au premier rang. »[3]

Il n’est rien de plus fragile qu’une naissance, mais rien de plus puissant non plus.

L’évènement de Noël nous rappelle que c’est toujours par l’en-bas que s’effectuent les transformations les plus belles, les plus profondes et les plus nécessaires.

Joyeux Noël, joyeuse naissance, à toutes et tous !

Christian Vez

L’expérience de Christiane Singer

« À l’instant de la naissance se manifeste avec force ce qu’exprime Levinas quand il dit : “ La civilisation commence quand tu donnes la priorité à l’autre sur toi-même.” Dans la naissance et la révélation de l’enfant, cela vous tombe dessus. Cet intérêt porté à vous-même s’éteint d’un coup et tout est là, dans cet être que vous avez là devant vous. C’est-à-dire que vous faites cette expérience bouleversante que désormais vous êtes sorti de votre prison du je et de l’ego. C’est aussi simple : ça ouvre la faille qui va vous mettre dans la relation à autrui. Pour moi, tout le travail spirituel a commencé après. Avant, c’était impensable. J’étais une intellectuelle, ravie et sans doute généreuse, mais il m’a fallu, pour désirer voir plus loin, traverser cette expérience incroyable d’une fracture en moi, où subitement un être a effacé l’intérêt que je me portais. »[4]

 

[1] Angelus Silesius : L'Errant chérubinique, Traduction de Roger Munier, Arfuyen I.61

[2] Jean 3,30

[3] Luc 1, 49 et 52

[4] Christiane SINGER, « L’enfantement, l’éros et la vieillesse, entretien avec Patrice van Eersel » in Nouvelles Clés. Texte trouvé sur ce lien 

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