« Préparez le chemin du Seigneur ! »
C’est Dieu qui parle ainsi dans les premiers versets de l’Evangile de Marc. Il nous demande de déblayer sa route afin de faciliter son arrivée sur terre.
Et il envoie Jean-Baptiste pour porter ce message.
Etrange Dieu qui a besoin qu'on lui déblaie sa route, qui envoie un messager pour organiser son arrivée et qui sollicite notre aide pour venir jusqu’à nous.
N’est-il pas assez fort et puissant pour venir sur terre par ses propres moyens ?
Apparemment non. Il ne peut pas faire autrement que de passer par nous, Dieu, pour venir sur cette terre qu’il a pourtant créée.
Il lui faut l’aide des humains que nous sommes pour qu’il puisse emprunter un chemin carrossable lui permettant de nous rejoindre.
On a beau comprendre assez rapidement qu’il s’agit d’un chemin spirituel, on est quand même en droit de se demander pourquoi Dieu a besoin de notre appui pour préparer sa venue.
L’exemple des personnages de la crèche 
Et voici qu’apparaissent dans mes souvenirs les personnages de la crèche : Marie, Joseph, les bergers, les mages. Chacun d’entre eux tient un rôle essentiel dans l’histoire de Noël.
Je me souviens ainsi que :
- Jésus n’aurait pas pu naître si Marie n’avait dit à l’ange Gabriel « Je suis la servante du Seigneur ».
- Il n’aurait pas pu grandir dans une famille aimante si Joseph n’avait écouté la voix de l’ange lui conseillant dans son sommeil de ne pas répudier Marie.
- Il n’aurait pas été reconnu comme l’enfant donné par Dieu pour notre salut si les bergers n’avaient pas abandonné leurs troupeaux pour se rendre jusqu’à l’étable de Bethléem et raconté l’apparition de l’ange ainsi que le message extraordinaire qu’ils avaient reçu.
- Sa naissance n’aurait pas trouvé sa dimension universelle si les mages n’étaient pas venus d’Orient pour l’adorer.
Même le bœuf et l’âne jouent leur partition dans cet étrange concerto, qui a permis au Fils du Dieu Très-haut de naître au tréfonds de notre humanité.
Il s’agit là des personnages célèbres qui figurent en bonne place dans nos crèches de Noël. Chacun a tenu son rôle et l’a interprété à la perfection.
Mais qu’en est-il pour moi, pour nous ? Quel rôle pouvons-nous bien jouer aujourd’hui pour préparer les sentiers qui permettront au Christ Jésus de naître dans nos humanités malmenées, notamment par la pandémie et par tout ce qu’elle a généré de souffrances et de questions ?
Le message de Jean-Baptiste
L’Evangéliste Marc ne nous donne pas de mode d’emploi. Il se contente de résumer le message de Jean-Baptiste en deux phrases : Changez de comportement et faites-vous baptiser pour que Dieu pardonne vos péchés !
Traditionnellement, on a compris le message de Jean-Baptiste comme un appel à la repentance et à la pratique la justice, comme un retour à la mise en œuvre des attentes de Dieu envers nous, si bien résumées par le prophète Michée : « On t’a fait connaître ce qui est bien. Ce que le Seigneur attend de toi, c’est que tu respectes le droit, que tu agisses avec bonté et que tu t’appliques à marcher avec ton Dieu. »[2]
Mais je me demande si on ne pourrait pas comprendre aussi l’appel de Jean-Baptiste d’une autre manière, plus intérieure.
Je sens en effet parfois que ce qui obstrue le plus le chemin de Dieu se trouve au-dedans de moi plus qu’au-dehors.
Je suis tellement pris dans mes réflexions, mes préoccupations, mes peurs et mes petits espoirs que je deviens comme hermétique à la présence de Dieu.
D’autant plus que cette présence ne va pas toujours de soi !!
Comment faire alors pour désencombrer ces chemins que j’ai laissé se remplir de toutes sortes d’obstacles ?
L’exemple d’Etty Hillesum
La réponse de bien des mystiques à cette question tient en un seul mot : s’exercer.
Ainsi par exemple Etty Hillesum avait-elle écrit quelques années avant de s’engager dans son fulgurant itinéraire spirituel : « A ses rares visites, la grâce doit trouver une technique toute prête ». Avant d’ajouter : « Mais cette phrase, sortie tout droit de ma tête, ne s’est pas encore faite chair et sang. »[3]
Ce qui a contribué à son évolution spirituelle, c’est la demi-heure quotidienne qu’elle prenait pour s’efforcer d’ « écouter au-dedans » comme elle le disait. Très étonnamment, ce n’est pas durant ces temps de méditation quotidienne que la présence de Dieu s’est manifestée le plus fort à elle, mais par exemple lorsqu’elle était en train de faire sa toilette.
Mais qui sait si elle aurait vécu la même expérience sans cet exercice régulier.
Elle écrivait aussi : « Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois je parviens à l’atteindre. Mais plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le remettre au jour. »[4]
Se laisser gagner par l’esprit de Noël
Redresser les chemins qui permettent à Dieu de venir à notre rencontre, c’est d’abord se préparer à cette rencontre. D’ailleurs, lorsqu’on prépare un évènement important, comme un mariage par exemple, les préparatifs font déjà partie de la fête.
Et le temps de l’Avent avec son calendrier, ses couronnes et tous les préparatifs qui l’habitent montrent bien que l’esprit de Noël est présent parmi nous bien avant le 24 décembre.
Comme dans cette année particulière, les contraintes sanitaires nous obligent à une démarche plus intérieure, il peut être intéressant de nous préparer en nos fors intérieurs à l’évènement de Noël.
Chercher le Dieu qui nous a trouvés
« Cherchez et vous trouverez » disait le Christ dans une phrase devenue célèbre. Et Blaise Pascal en a donné le plus beau des commentaires au travers de cette formule où il entend Dieu lui murmurer : « Console-toi ! Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé. »[5]
Le désir de trouver Dieu, ou de se laisser trouver par lui est ainsi déjà le signe qu’il nous a trouvés, tout comme la préparation à une rencontre est déjà l’indice que la rencontre aura lieu bientôt.
Redressons donc les sentiers de Dieu en nous. C’est certainement là la plus belle et la plus importante des préparations à Noël !
Comment faire ?
Les méthodes ne manquent pas : prière, méditation, lectio divina, marche silencieuse. A chacun de trouver ce qui lui convient le mieux.
En ce qui me concerne, le moyen le plus simple que je connaisse est lié à ma respiration. Je peux le pratiquer n’importe où.
Je me focalise sur ma respiration en essayant de détendre mon corps. A chaque inspiration je me dis comme un mantra « Tu es là » en pensant à Dieu. Et à chaque expiration je me dis « Je suis là. »
Et parfois, pas toujours ! je parviens ainsi à être présent à la Présence.
[1] Marc 1.3
[2] Michée 6.8
[3] Etty Hillesum « Une vie bouleversée » extrait du 13 mars 1941
[4] Ibid, 25 août 1941
[5] Blaise Pascal, Confessions, Chapitre X
[1] Marc 1.3
[2] Michée 6.8
[3] Etty Hillesum « Une vie bouleversée » extrait du 13 mars 1941
[4] Ibid, 25 août 1941
[5] Blaise Pascal, Confessions, Chapitre X

