"Soyez toujours joyeux!" (1 Thess 5.16)

"Soyez toujours joyeux!" (1 Thess 5.16)

Cultiver la joie 

Plus facile à dire qu’à faire ! Surtout en ces temps troublés où les occasions de réjouissances se font rares.

Et pourtant, la joie nous est tellement nécessaire, particulièrement en temps de crise. Car elle nous donne de l’allant, de l’élan. Elle nous permet de surmonter bien des obstacles, de garder le moral, même lorsque tout le reste part en vrille.

Mais comment faire ? Car la joie est fragile. Une mauvaise nouvelle, une rencontre blessante et la voilà disparue, évaporée, remplacée par des sentiments lourds, par une lassitude qui dégonfle d’un coup nos humeurs joyeuses comme un ballon de baudruche.

Cultiver la joie, mais est-ce tout simplement possible ? Comment ne pas nous laisser abattre, comment réellement « prendre soin de nous » comme on nous le recommande à tour de bras, comment trouver une nouvelle impulsion, du dynamisme lorsque notre vie semble au point mort ?

Car la joie ne se commande pas comme on commande une pizza.

Bulle de savon

Le plus souvent, lorsqu’elle survient, c’est à l’improviste, au détour d’un sourire, d’un rayon de soleil, d’une bonne nouvelle.

La joie, un élan donné par Dieu

Dans son livre intitulé « La joie spacieuse[1] » le philosophe Jean-Louis Chrétien parle de la joie comme d’un élan qui nous arrache à l’étroitesse, à l’angoisse et à la pesanteur. Sous l’impulsion de la joie, constate-t-il, nos entraves se rompent, nos cadres éclatent et ce qui paraissait impossible devient tout à coup envisageable.

Il parle de la joie comme de l’accueil du Souffle divin qui s’invite par surprise dans nos vies. Ce Souffle élargit et vivifie notre être comme l’air que l’on respire élargit nos poumons et vivifie notre corps.

Se référant au père de l’Eglise Grégoire le Grand, il nous rappelle que seul l’amour d’autrui peut véritablement nous ouvrir de nouveaux horizons. Ainsi, lorsque nous sentons nos cœurs s’ouvrir à l’autre dans un élan inattendu, la joie qui s’ensuit est une des conséquences heureuses de l’amour, qui nous pousse à aimer encore davantage, dans un cercle vertueux.

Seule la joie mène à la joie, conclut-il. C’est pourquoi il la voit comme un don de Dieu… A l’inverse, il constate que la tristesse porte naturellement le regard sur tout ce qui est attristant à l’extérieur, et que le monde s’en trouve alors rempli…

Et de nous encourager à cultiver la joie, avec un doigté de sourcier, à la rencontre du joyeux dans le monde. 

Cultiver la joie, ce n’est donc pas sourire béatement face à toutes les horreurs du monde, mais laisser monter du tréfonds de son être ce souffle divin qui nous élargit, qui nous dilate et qui crée un espace de liberté et d’amour au plus profond de nos humanités meurtries.

La joie parfaite selon François d’Assise

En écho à ces paroles peut-être un brin abstraites, voici l’étrange histoire que François d’Assise racontait à ses compagnons pour leur dire ce qu’était à ses yeux la joie parfaite :Francois dAssise

« Imaginez, disait François : je reviens de Pérouse et, par une nuit profonde, j’arrive à Assise. C’est le temps de l’hiver, boueux et à ce point froid que des glaçons se forment aux extrémités de ma tunique et me frappent sans cesse les jambes, et que du sang coule de ces blessures. Tout en boue, froid et glace, j’arrive à la porte de notre maison. Après que j’ai longtemps frappé et appelé, un frère vient et demande : « Qui est-ce ?» Je réponds : « C’est moi, Frère François. » Et le frère me répond : «  Va-t’en ! Ce n’est pas une heure décente pour circuler ; tu n’entreras pas. » Tandis que j’insiste, à nouveau il me dit : « Va-t’en ! Tu n’es qu’un simple et un illettré. En tout cas, tu ne viendras pas chez nous ; nous sommes déjà assez nombreux et n’avons pas besoin de toi. » Et moi je me tiens à nouveau debout devant la porte et je dis : « Par amour de Dieu, recueillez-moi cette nuit ! » Et lui répond : « Je ne le ferai pas. Adresse-toi ailleurs !» Je vous dis que si je garde patience et ne suis pas ébranlé, en cela est la vraie joie et la vraie vertu et le salut de l’âme [2]. »

La joie parfaite dont parle François illustre parfaitement la pensée de Jean-Louis Chrétien. Elle ne dépend pas des circonstances ni du regard des autres. Mais elle se déploie dans cet espace intime qui permet de garder un sentiment de liberté, même au cœur des pires tourments.

Laisser sourdre la joie dans la prière

un sourire du cielC’est certainement là un de sens les plus profonds de la prière : laisser Dieu élargir nos cœurs dans un élan de joie renouvelé, joie qui ne dépend de rien d’autre sinon de cette présence divine qui nous anime du plus profond de nous-mêmes.

C’est pourquoi je vous propose de conclure cette méditation avec cette prière extraite de la célèbre cantate de J.S Bach « Ô Jésus que ma joie demeure ».

Le pasteur Marc Seiler en a traduit les paroles de cette manière :

Jésus reste ma joie, ma consolation et la sève de mon cœur.

Jésus s’oppose à toutes les souffrances. Il est la force de ma vie, le plaisir et le soleil de mes yeux, le trésor et le délice de mon âme. C’est pourquoi je ne laisserai jamais Jésus hors de mon cœur et de ma vue.[3]

Pour écouter cette cantate, cliquez sur ce lien 

Pour avancer dans le brouillard (suite)

En écho à la méditation de la semaine dernière, ce texte de Francine Carrillo envoyé par une lectrice. Grand merci à elle et à toutes celles et ceux qui ont réagi à cette réflexion!

« Mon être, bénis le Seigneur ! N’oublie aucune de ses largesses. » (Psaume 103,2)

Sous sa couette gelée, le matin peine à se lever.

On pourrait se laisser gagner par la tristesse,

Dévider sans fin son écheveau d’amertume.

Mais une autre couleur interrompt cette pesanteur

Et dépose sur le cœur une perle de clarté.

C’est que le brouillard n’est pas une absence, mais une infinie présence.

Par elle arrive le lumineux appel à traverser peu à peu

De la solitude à la gratitude.

De la déréliction à la bénédiction !

Francine Carrillo

 

[1] Jean-Louis Chrétien, « La Joie spacieuse : essai sur la dilatation »,  Paris, Minuit, 2007.

[2] https://www.revue-sources.org/la-joie-parfaite-ou-la-vraie-joie/

[3] http://www.bachoque.ch/cantates.php?cantate=147

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